Live at the Boardwalk (2002)
Enregistrement : janvier 2002, The Boardwalk, Sheffield (Angleterre).
Première publication : 2002, Swingout Records.
Musiciens : Derrin Nauendorf (chant, guitare acoustique) et David Downing (percussions).
Durée : 50 min 58 s.
Titres : 9, dont une reprise de Jimi Hendrix.
Il est des albums live qui cherchent à restituer l’ampleur d’un spectacle, et d’autres qui tirent leur force de leur dépouillement. Live at the Boardwalk, enregistré en janvier 2002 à Sheffield, en Angleterre, appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Avec pour seuls compagnons sa guitare acoustique et le percussionniste David Downing, le chanteur et guitariste australien Derrin Nauendorf livre une prestation d’une intensité remarquable, quelque part entre blues traditionnel, folk contemporain et rock acoustique.
Dès les premières mesures de Ghost Town, le ton est donné. La guitare impose une présence presque physique, avec des basses profondes, des attaques franches et une étonnante richesse harmonique. Nauendorf possède cette faculté rare de faire sonner son instrument comme s’il était accompagné de plusieurs musiciens. Son jeu associe les techniques du fingerpicking, les rythmiques syncopées du blues et une approche percussive qui transforme la guitare en véritable moteur de l’ensemble.
À ses côtés, David Downing joue un rôle essentiel. Ses percussions, volontairement dépouillées, apportent une pulsation solide sans jamais envahir l’espace sonore. L’interaction entre les deux musiciens repose sur une remarquable complémentarité : là où la guitare multiplie les variations rythmiques et mélodiques, les percussions maintiennent une assise presque primitive. Cette économie de moyens donne à l’enregistrement une spontanéité et une proximité particulièrement séduisantes. La voix de Derrin Nauendorf contribue largement à cette impression d’authenticité. Puissante, rugueuse, parfois traversée d’accents soul, elle possède une expressivité qui rappelle davantage les chanteurs de blues que les interprètes folk traditionnels. Nauendorf ne cherche pas à séduire par la perfection vocale. Il privilégie l’intensité, l’engagement et cette forme de sincérité qui donne aux chansons leur véritable dimension émotionnelle.
Les neuf compositions et interprétations réunies sur l’album révèlent également une diversité plus importante qu’il n’y paraît. Leave Me Tonight et I Won’t Turn My Back introduisent une atmosphère plus légère, presque aérienne, où le guitariste laisse davantage respirer ses phrases musicales. Certaines inflexions évoquent même les sonorités de la guitare espagnole. À l’inverse, Reason You Came Here retrouve une énergie plus directe, soutenue par des percussions insistantes et un jeu instrumental particulièrement nerveux.
Mais le sommet du disque demeure sans doute Voodoo Child, la célèbre composition de Jimi Hendrix, ici revisitée dans une version acoustique de neuf minutes. Plutôt que de chercher à reproduire la puissance électrique de l’original, Nauendorf en déconstruit les éléments pour les reconstruire autour de sa guitare. Le célèbre riff apparaît progressivement, presque dissimulé dans les premières minutes, avant de s’imposer au fil d’une interprétation qui joue constamment sur les contrastes. Les montées en puissance alternent avec des passages plus retenus, démontrant qu’une guitare acoustique peut restituer l’esprit du rock psychédélique sans recourir à l’amplification électrique qui en constitue habituellement la signature.
L’album se termine avec Danielle, une composition particulièrement réussie où l’intensité instrumentale cède davantage de place à la sensibilité mélodique. La voix se fait plus plaintive, la guitare plus expressive, tandis que les percussions accompagnent discrètement le développement du morceau. Une conclusion qui révèle une autre facette du musicien, moins spectaculaire mais tout aussi convaincante. Sur le plan sonore, Live at the Boardwalk bénéficie d’une prise de son particulièrement appréciable. La guitare conserve ses résonances naturelles, ses attaques et ses nuances, tandis que la voix demeure présente et intelligible. L’enregistrement évite l’écueil d’une production artificiellement spectaculaire et privilégie une restitution directe, presque tactile, de la performance. Cette qualité en fait également un disque intéressant pour les amateurs de belles prises de son acoustiques.
Favorites
Man Without A Clue
Voodoo Child
Shadows of Love