Wild Games

★ ★ ★ ☆ ☆

Avec Wild Games, Vedan Kolod atteint une forme d’équilibre rare entre radicalité et accessibilité. Là où leurs premiers enregistrements pouvaient donner l’impression d’une immersion brute, presque austère, cet album opère un léger déplacement : il structure davantage l’expérience, sans jamais la trahir. C’est sans doute leur disque le plus immédiatement pénétrable — et pourtant, il reste profondément insaisissable.

Dès l’ouverture, quelque chose a changé. Le son est plus ouvert, plus lisible, presque plus “respirant”. Les instruments — gusli, lyres, flûtes — ne sont plus simplement des sources de matière sonore ; ils deviennent des axes de circulation. Les motifs se répondent, se croisent, créent des lignes de fuite. On n’est plus seulement dans une suspension du temps, mais dans une dérive lente, une progression discrète mais réelle.

Le titre Wild Games n’est pas anodin. Il évoque à la fois le jeu et la sauvagerie, la règle et son dépassement. Et c’est précisément cette tension qui traverse l’album. Les pièces semblent construites sur des formes simples — répétitions, cycles, appels — mais quelque chose, constamment, vient les dévier. Une accentuation inattendue, une respiration plus longue, une infime variation dans le phrasé. Cette micro-instabilité donne à l’ensemble une vitalité organique, comme si la musique refusait de se figer.

La voix de Natalia Serbina occupe ici une place légèrement différente. Toujours centrale, toujours habitée, elle paraît cependant moins incantatoire que sur les premiers disques. Elle devient parfois plus mélodique, presque narrative, sans jamais céder à une logique de chanson. Ce déplacement est subtil, mais décisif : il ouvre des points d’ancrage pour l’auditeur, des zones où l’on peut se raccrocher, même fugacement.

Mais ce qui frappe le plus dans Wild Games, c’est peut-être la manière dont le duo travaille la notion d’espace. Là où leurs albums précédents pouvaient donner l’impression d’un lieu unique, presque fermé — une chambre, une forêt dense — celui-ci multiplie les perspectives. Certains morceaux s’étirent comme des horizons, d’autres se replient sur eux-mêmes. Il y a des ouvertures, des respirations, des zones de clair-obscur. L’écoute devient plus cinématographique, sans jamais tomber dans l’illustration.

On pourrait parler ici d’une forme de “folk ambient narratif”, mais le terme reste insuffisant. Car ce que Vedan Kolod construit dans Wild Games, ce n’est pas un récit au sens classique, mais une géographie émotionnelle. Chaque pièce agit comme un territoire, avec ses reliefs, ses tensions internes, ses zones de silence. L’auditeur circule entre ces espaces, sans itinéraire imposé, mais avec une sensation très nette de cohérence.

Il faut aussi souligner la qualité remarquable de l’enregistrement. Sans jamais devenir clinique, le son gagne en précision. Chaque corde pincée, chaque souffle, chaque résonance trouve sa place. Cette clarté ne diminue pas la part de mystère ; elle la rend plus perceptible. On entend mieux les détails, les frottements, les irrégularités — tout ce qui fait la matière vivante de cette musique.

Favorites

1 - The First Game

6 - The Third Game

7 - Beat an run

8 - Thoughts

10 - Snowstorm

11 - The Last Game


Précédent
Précédent

Vision of Contentment

Suivant
Suivant

Blue and Moody