Jean Michel Jarre

 

The China Concerts 1981

  • Lieu : Pékin : Palais des Sports (Capital Gymnasium), premier concert radiodiffusé et Shanghai : Grand Stade de Shanghai (Shanghai Gymnasium)

  • Jauge : 120 000 personnes à minima pour l’ensenble des concerts

  • Date du concert : 21 & 22 Octobre 1981 à Pékin, du 26 au 29 octobre 1981 à Shanghai

  • Setlist

    1. The Overture

    2. Arpegiator

    3. Équinoxe 4

    4. Fishing Junks at Sunset

    5. Band in the Rain

    6. Équinoxe 7

    7. Orient Express

    8. Magnetic Fields 1

    9. Magnetic Fields 3

    10. Magnetic Fields 4

    11. Laser Harp

    12. Night in Shanghai

    13. The Last Rumba

    14. Magnetic Fields 2  

  • Anecdotes

    • Avant le premier concert, les autorités durent couper temporairement l’électricité dans plusieurs quartiers de Pékin afin d’alimenter la scène.

    • Une partie du public quitta la salle avant la fin parce que les derniers bus partaient à 22 heures.

Ce concert occupe une place singulière dans l’histoire de la musique. Il dépasse largement le simple cadre d’une tournée pour devenir une rencontre entre deux imaginaires qui, au début des années 1980, semblaient appartenir à des mondes irréconciliables. D’un côté, la Chine sort lentement de plusieurs décennies d’isolement culturel. De l’autre, Jean-Michel Jarre incarne une modernité occidentale fascinée par les synthétiseurs, les lasers et les technologies naissantes. Entre ces deux univers, il ne cherche jamais à imposer une vision spectaculaire de l’Occident. Il préfère construire un dialogue.

L’intelligence du projet réside précisément dans cette retenue. Plutôt que d’enchaîner les succès d’Oxygène ou d’Équinoxe, Jarre compose plusieurs œuvres inédites inspirées de la culture chinoise. Fishing Junks at Sunset, adaptation d’une mélodie traditionnelle, Orient Express ou Night in Shanghai témoignent d’une volonté sincère de créer un langage commun. Aujourd’hui encore, ces pièces possèdent une élégance qui échappe au folklore facile. Elles évoquent davantage une rêverie sur la Chine qu’une imitation de sa musique. À l’écoute, l’album frappe également par son atmosphère presque documentaire. Les applaudissements timides, les annonces, les silences et les réverbérations de ces immenses salles donnent le sentiment d’assister à un moment historique plus qu’à un concert traditionnel. Le public semble observer davantage qu’il ne participe. Cette distance crée une émotion particulière : on entend presque deux cultures qui apprennent à se regarder.

Musicalement, le concert marque aussi une évolution importante dans le parcours de Jarre. Pour la première fois, il abandonne le modèle du musicien solitaire derrière ses claviers pour s’entourer d’un véritable groupe. Les batteries acoustiques, les guitares, les saxophones et les instruments traditionnels chinois apportent une respiration nouvelle à une musique jusque-là essentiellement électronique. Cette hybridation annonce déjà les grands spectacles qui feront sa réputation durant les décennies suivantes.

Le célèbre Laser Harp, présenté ici pour la première fois, constitue évidemment l’image restée dans les mémoires. Pourtant, avec le recul, ce n’est sans doute pas l’élément le plus marquant. Ce qui impressionne davantage est la capacité de Jarre à transformer une démonstration technologique en expérience poétique. Les synthétiseurs ne cherchent jamais à écraser les lieux ni leurs occupants ; ils dessinent des espaces, suggèrent des paysages et ouvrent des horizons. Cette manière de faire respirer le son plutôt que de le rendre spectaculaire explique probablement pourquoi ces concerts conservent aujourd’hui une telle force.

Pour un auditeur contemporain, Les Concerts en Chine peuvent paraître moins immédiatement séduisants que les albums studio de la même époque. Le rythme est plus lent, certaines improvisations semblent datées et la prise de son reflète les contraintes techniques de 1981. Mais ces imperfections participent justement à leur authenticité. Elles rappellent que l’on assiste à un événement réel, avec ses hésitations, ses surprises et son humanité. Quarante ans plus tard, ces concerts apparaissent comme bien davantage qu’un jalon de la musique électronique. Ils représentent l’un des rares moments où une œuvre technologique est devenue un véritable geste diplomatique. En réunissant synthétiseurs analogiques, traditions musicales chinoises et désir d’ouverture, Jean-Michel Jarre a montré que la musique pouvait créer un langage commun là où les mots échouaient encore. Peu de spectacles ont laissé une empreinte aussi durable, non seulement dans l’histoire des concerts, mais aussi dans celle des échanges culturels entre l’Orient et l’Occident.

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