Cellophane

Il y a des instruments qui traversent les genres. Le violoncelle en fait partie, il ne s’impose pas . Cette sélection ne cherche pas à démontrer la richesse de l’instrument, elle la laisse apparaître d’elle-même, dans le temps long de l’écoute. Ce qui relie ces pièces n’est pas l’époque ni le style, mais une qualité de présence. Le violoncelle y devient voix intérieure. Dans les paysages ouverts de Matthew Halsall, dans l’esthétique suspendue d’Anouar Brahem et d’Anja Lechner, dans les dialogues feutrés de Vincent Ségal, ou dans l’ascèse méditative de David Darling, il agit comme un fil grave qui relie des mondes que l’on pourrait croire éloignés.

Le violoncelle est un instrument de seuil. Il se situe entre la lumière et l’ombre, entre la parole et le silence. Son registre médian touche immédiatement le corps : il est proche de la voix humaine, mais plus stable, plus continu. Il permet la retenue. Il autorise la lenteur. Il accepte l’espace. Dans cette traversée, le jazz devient espace respiré. La musique de chambre ne se referme pas sur elle-même ; elle s’ouvre. Même lorsque l’on frôle le romantisme — de Frédéric Chopin à Gustav Mahler — le pathos s’efface au profit d’une intériorité presque fragile. Le chant est là, mais dépouillé.

Il y a aussi, en filigrane, une esthétique du silence. L’influence d’un certain esprit nord-européen, d’un goût pour la résonance longue, pour la note tenue qui laisse place à la suivante. Le violoncelle ne remplit pas l’espace : il le mesure. Il le dessine. Ce qui importe ici, ce n’est pas la virtuosité, ni la fidélité au répertoire, ni même la chronologie. C’est la cohérence d’une écoute. Une manière d’entendre le grave comme profondeur plutôt que comme poids. Une manière de considérer l’instrument comme paysage plutôt que comme soliste.

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