NTS - Animals
Playlists conceptuelles inspirées de l’esthétique et de l’esprit NTS Radio.
Proche d’une émission radio de 60’, exclusivement musicale, ces Playlists sont conçues comme des propositions d’écoute autour d’une thèmatique illustrée par la musique, quelqu’en soit le genre.
Animals n’est pas une playlist thématique au sens illustratif. Elle ne cherche ni à imiter la nature ni à produire un décor sonore « animalier ». Elle s’inscrit dans une démarche plus radicale : déplacer l’écoute hors du strict champ humain et interroger la musique comme zone de contact entre espèces, mémoires et régimes de perception différents. La construction de la liste repose sur un glissement progressif. On part de formes musicales encore clairement composées, écrites, presque intimes, pour aller vers des espaces où la frontière entre musique, environnement et document devient poreuse. Ce mouvement n’est pas narratif mais épistémologique : il modifie la manière dont l’auditeur identifie ce qu’il est en train d’écouter. À quel moment cesse-t-on d’écouter une œuvre pour écouter une présence ?
L’animal n’est jamais traité comme motif décoratif. Il est au contraire placé au centre comme source, partenaire ou contrepoint. Les chants de baleines, d’oiseaux, d’insectes ou de chauves-souris ne sont pas intégrés pour leur exotisme, mais pour ce qu’ils révèlent : des formes de communication qui échappent à la narration humaine, des temporalités longues, des structures non intentionnelles mais profondément organisées. La musique devient alors un outil d’attention plutôt qu’un langage expressif. Dans Animals, la composition humaine se fait volontairement discrète, parfois presque fragile. Elle agit comme un cadre minimal, laissant de l’espace à des voix non humaines qui ne cherchent ni à séduire ni à signifier. Cette retenue est essentielle : elle refuse la domination esthétique. L’écoute n’est pas dirigée, elle est mise en suspens. Le silence, l’attente et la répétition deviennent des éléments structurants.
La playlist fonctionne également comme une réflexion sur la disparition. Plusieurs pièces évoquent des espèces menacées, des sons déjà presque fantômes, des présences sur le point de s’éteindre. Mais Animals ne dramatise pas. Elle évite l’émotion immédiate et préfère une mélancolie lente, diffuse, presque documentaire. Ce choix permet d’aborder la question écologique sans slogan ni pathos, en laissant la gravité émerger de l’écoute elle-même. L’inclusion de pièces plus conceptuelles et critiques, notamment autour de l’industrialisation du vivant, introduit une tension nécessaire. L’animal n’est plus seulement écouté, il est transformé, réduit, fragmenté. La musique devient alors un espace de friction entre contemplation et violence systémique. Cette rupture empêche toute idéalisation de la nature et ancre la playlist dans une réalité contemporaine.
Animals s’inscrit pleinement dans l’esprit NTS : une proposition ouverte, transversale, sans hiérarchie de genres, qui privilégie la curiosité, l’écoute active et la remise en question des cadres habituels. Elle ne cherche pas à plaire, mais à déplacer. Elle propose une expérience où l’auditeur est invité à ralentir, à écouter autrement, et peut-être à accepter que la musique ne lui soit pas entièrement destinée. Plus qu’une playlist, Animals est un espace d’attention. Un lieu où l’humain cesse momentanément d’être le centre du monde sonore, et où la musique devient un geste d’écoute envers ce qui vit, persiste et disparaît en silence.