By The Throat
Dès les premières minutes de By the Throat, Ben Frost installe une présence inquiétante, presque animale, comme si quelque chose respirait derrière la musique. Sorti en 2009, l’album ne cherche ni le confort ni la séduction : il construit un territoire sonore où l’électronique, les instruments acoustiques, le bruit et les sons du monde réel deviennent les éléments d’un même organisme.
Chez Frost, le son possède une masse. Les basses ne sont pas simplement graves : elles pèsent, grondent et semblent déplacer l’air autour de l’auditeur. Les guitares sont étirées jusqu’à perdre leur identité, transformées en nappes abrasives ou en gigantesques vibrations. À l’autre extrémité du spectre apparaissent des cordes fragiles, quelques notes presque mélodiques, des respirations, des craquements. Cette opposition permanente entre violence et vulnérabilité constitue l’une des grandes forces de By the Throat. Mais ce sont peut-être les présences animales qui donnent au disque son caractère le plus singulier. Hurlements de loups, souffles, grognements et bruits organiques s’intègrent à la composition jusqu’à rendre incertaine la frontière entre enregistrement naturel et création électronique. Dans Killshot, The Carpathians ou le saisissant morceau-titre, Frost semble moins composer une musique qu’imaginer un paysage dans lequel l’auditeur aurait été abandonné. Quelque part entre forêt nocturne, paysage glaciaire et architecture industrielle.
Le silence y joue également un rôle essentiel. Frost sait que la puissance ne vient pas uniquement du volume. Il laisse régulièrement la musique se contracter, devenir presque immobile, avant de libérer une nouvelle masse sonore. Ces respirations rendent les explosions d’autant plus impressionnantes. Peter Venkman Part I et Part II, notamment, montrent cette capacité à faire naître une tension considérable avec relativement peu d’éléments.
L’influence du cinéma est omniprésente, mais By the Throat n’est pas une bande originale imaginaire au sens conventionnel. Il n’illustre pas des images : il les provoque. On voit des espaces sans savoir exactement lesquels. On imagine le froid, l’obscurité, une présence derrière soi. La musique agit directement sur la perception et parfois sur le corps. Avec un système capable de restituer correctement ses fréquences les plus basses, l’album devient une expérience presque physique. Et pourtant, réduire By the Throat à sa brutalité serait passer à côté de l’essentiel. Sous ses grondements se cache une musique étonnamment sensible. Des fragments de beauté apparaissent puis disparaissent avant que l’on puisse réellement s’y installer. Frost semble constamment refuser la résolution : chaque moment de calme contient déjà la menace de ce qui va suivre. C’est probablement là que réside la fascination durable de cet album. Plus de quinze ans après sa sortie, By the Throat conserve quelque chose de profondément contemporain. Il se situe dans cet espace difficile à nommer entre ambient sombre, musique électroacoustique, drone, post-rock et composition expérimentale, sans véritablement appartenir à aucun de ces territoires.
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