Hawniyaz

Kathan Kalhor, Aynur, Salman Gambarov, Cemil Qoçgiri

Il y a dans Hawniyaz quelque chose de rare : quatre musiciens venus d’horizons différents qui ne cherchent ni à fusionner leurs traditions, ni à démontrer leur virtuosité, mais simplement à trouver un espace où celles-ci puissent respirer ensemble. Le titre lui-même porte cette idée : Hawniyaz pourrait se traduire par « avoir besoin les uns des autres », ou « être là les uns pour les autres ». Une belle définition de ce qui se passe pendant les cinquante-sept minutes de l’album.

Au centre se trouve la voix d’Aynur Doğan, immense chanteuse kurde originaire de Turquie. Une voix puissante mais jamais démonstrative, capable de passer de la retenue à une intensité presque douloureuse. Autour d’elle, le kamancheh de l’Iranien Kayhan Kalhor ne se contente pas de l’accompagner : il lui répond. Chez Kalhor, l’archet semble parfois devenir une seconde voix, avec ses respirations, ses plaintes et ses silences. Cemîl Qoçgirî, au tenbûr, apporte quant à lui l’ancrage anatolien et kurde, tandis que le pianiste azerbaïdjanais Salman Gambarov occupe une position plus inattendue.

Car c’est probablement le piano qui donne à Hawniyaz sa couleur si particulière. Sur le papier, sa présence auprès du kamancheh et du tenbûr pourrait sembler incongrue. Elle ne l’est jamais. Gambarov vient du jazz et de l’improvisation et utilise son instrument avec une remarquable économie. Quelques accords, une ligne mélodique, parfois presque rien. Le piano ne cherche pas à occidentaliser cette musique ; il ouvre autour d’elle un espace supplémentaire.

Les cinq longues pièces de l’album se développent lentement. Delalê, qui approche les seize minutes, en donne immédiatement la mesure. Ici, pas de couplets calibrés ni de progression prévisible. Une mélodie apparaît, disparaît, revient transformée. Les instruments s’écoutent autant qu’ils jouent. Les silences ont leur importance. Puis la voix surgit et tout semble soudain converger vers elle.

Cette liberté traverse également Rewend, Xidire Min, Malê et Ehmedo. Le matériau vient largement des traditions kurdes, mais Hawniyaz n’est pas un disque de conservation ethnographique. Les quatre musiciens utilisent la tradition comme une langue commune à partir de laquelle ils improvisent. La musique persane de Kalhor rencontre les chants kurdes d’Aynur et de Qoçgirî ; Gambarov introduit un autre vocabulaire harmonique sans jamais rompre l’équilibre.

Il serait facile de ranger Hawniyaz dans la catégorie très large des « musiques du monde ». Ce serait passer à côté de l’essentiel. Ce disque parle davantage de frontières qui deviennent poreuses : celles qui séparent l’Iran, la Turquie, le Kurdistan et l’Azerbaïdjan, mais aussi celles que l’on imagine entre musique traditionnelle, musique savante et improvisation. Il possède aussi une dimension profondément mélancolique. Ces chants semblent porter avec eux des paysages, des départs, des exils et une mémoire collective. Pourtant, la musique ne sombre jamais dans le pathos. Sa force vient précisément de sa retenue. Même dans les passages les plus intenses, quelque chose demeure suspendu.

Hawniyaz demande du temps. Il faut accepter ses longues introductions, ses respirations et ces moments où presque rien ne semble arriver. Mais progressivement, cette lenteur devient son principal pouvoir. On cesse d’attendre que la musique nous conduise quelque part et on commence simplement à habiter l’espace qu’elle crée.

Favorites

Xidire min

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Ehmedo- Ez Reben Im


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