Neu Om
Il est des disques qui n’annoncent rien et pourtant bouleversent tout. Neu Om, premier album d’Amanda Mur, surgit ainsi : sans tapage, sans prémices spectaculaires, mais avec une intensité presque tellurique. Cet opus, énigmatique et profondément incarné, s’offre comme un chant sacré traversé d’ombres, de souffles et de silences. Dès les premières secondes, Neu Om donne le ton : une voix nue, non pas désincarnée mais déposée, presque chuchotée, vient percer le silence avec une densité rare. Pas de démonstration, pas d’effets faciles. Amanda Mur ne cherche pas à séduire : elle invoque. Sa voix n’est pas « chantée » au sens académique, mais exhalée — comme un souffle.
Les titres s’enchaînent comme autant de rituels. « Souffle de l’origine », « Silence matriciel », « Corps traversé » : chaque pièce semble porter un nom de geste intérieur, de basculement ou d’éveil. Les textures sonores mêlent field recordings, nappes électroniques brumeuses, frottements organiques, cliquetis, cordes froissées, et parfois même des silences profonds, presque méditatifs. Mais c’est peut-être la cohérence du geste artistique qui impressionne le plus. Neu Om n’est pas une succession de morceaux : c’est une traversée. On ne l’écoute pas morceau par morceau, comme une playlist ou un assemblage de pistes : on le vit d’un bloc, comme un rituel,. L’album suit une logique presque organique.
À ce titre, le travail sonore est d’une précision redoutable. Les productions sont sobres mais jamais vides. L’épure n’est pas ici un artifice de minimalisme : c’est une nécessité. Chaque élément, aussi discret soit-il, semble placé avec une intention presque sacrée. Certains titres ne dépassent pas les deux minutes mais ouvrent des gouffres. D’autres s’étirent, hypnotiques, jusqu’à nous faire perdre toute notion de durée. Neu Om joue avec le temps. L’album semble s’inscrire dans une lignée de musiques contemplatives, mais jamais décoratives. On pense parfois ou aux expériences vocales de Sainkho Namtchylak, mais aussi au minimalisme de Kali Malone ou aux paysages sonores de Félicia Atkinson. Pourtant, Amanda Mur trace son propre sillon, singulier, incarné. Ce qui frappe enfin, c’est la puissance du silence dans cet album. Là où tant de musiques cherchent à tout remplir, Neu Om creuse. Il ouvre des espaces, des interstices, des béances même, où peuvent se loger nos émotions les plus secrètes. En cela, il exige une forme d’abandon. On n’écoute pas Amanda Mur comme on consomme une chanson : on l’écoute comme on entre dans une grotte, une chapelle, un rêve.
Neu Om est une œuvre rare, exigeante et précieuse. Elle demande à être écoutée avec attention, avec lenteur, avec vulnérabilité. En retour, elle offre quelque chose d’infiniment rare : un espace pour se recueillir, pour se retrouver, pour se réinventer peut-être.
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