Blue Bird

Publié en 2015 chez Prova Records, Blue Bird est une création inspirée du film éponyme de Gust Van den Berghe, lui-même librement adapté de la pièce de Maurice Maeterlinck. Le trio – Michel Bisceglia (piano), Werner Lauscher (contrebasse), Marc Léhan (batterie) – compose une bande sonore qui va bien au-delà du simple fond musical : il devient acteur à part entière dans la narration émotionnelle. Comme l’explique le label Prova, le trio s’est confronté à ce projet comme à un véritable défi artistique, désirant se renouveler, éviter la routine et se redécouvrir à travers ces compositions. Le fil conducteur de l’album est clairement narratif, presque cinématographique. Chaque morceau, avec ses titres évocateurs — tels que Blue Bird Prologue, The Wrong Bird, Dry Water, Call of Death ou The Birth — trace une progression dramatique qui rappelle le voyage des personnages de Maeterlinck/Gust Van den Berghe  .

La musique, essentiellement portée par un piano empreint de lyrisme et de retenue, oscille entre rêveries délicates et tensions subtiles. Le critique de Jazz’halo imagine, à propos du morceau d’ouverture, des « nuées sonores flottant doucement au-dessus de nous… comme des petits cumulus passagers », images parfaites pour décrire cet univers musical introspectif  . Waiting for the Bird prolonge cette rêverie, évoquant des moineaux affairés dans un parc, des murmures délicats et une mélodie frémissante qui traduit cette attente silencieuse et impatiente. Dry Water surprend par son mélange d’inspiration blues et de fluidité poétique. La musique évoque des cascades sonores douces et continues, analogues à une eau “sèche” — une émulsion saisissante pleine de tensions retenues  . Le parcours se poursuit avec The Last Drive, fragment introspectif aux accents énigmatiques, suivi de Dance of Hope, qui anime soudain l’atmosphère avec un mouvement dansé : des pas, des tours suspendus, des respirations entre les notes  . On termine avec The Birth, un final symbolique et délicat, empreint d’une sérénité renaissante — une conclusion musicale proposant non pas la fin, mais une promesse de commencement  .

Interprétation

Le trio fonctionne ici avec la complicité de décennies de jeu commun. Chaque musicien — Bisceglia, Lauscher et Léhan — forge un dialogue intime, où le silence est aussi expressif que le son. Le piano, en particulier, incarne un rôle privilégié : à la fois narrateur, protagoniste et guide émotive de l’auditeur. Le critique de Jazz’halo souligne avec justesse cette osmose, notant que le trio a véritablement redécouvert sa relation musicale au cours de cette aventure créative. Une écriture musicale subtile, narrative, presque poétique, qui évoque des images et des sensations, un trio parfaitement rodé, capable de silence et de densité émotionnelle et une structure d’album cohérente, qui suit un arc dramatique clair, propice à l’immersion.

Blue Bird n’est pas seulement un album : c’est une invitation au voyage intérieur. Il conjure des paysages émotionnels discrets, tissés de lignes mélodiques délicates, de silence et d’échos retrouvés. Le trio y incarne une musique qui se vit plus qu’elle ne se joue — comme un rêve éveillé, sensible, en suspens, prêt à renaître à chaque écoute.

Favorites

Dry Water

Call of death

Parallel Dreams


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