Stepmother City

★ ★ ★ ★ ☆

Après l’intensité rituelle de Naked Spirit, Sainkho Namtchylak livre avec Stepmother City un album plus urbain, plus tendu, presque abrasif. Là où Naked Spirit évoquait l’espace, la steppe et la transe chamanique, Stepmother City semble se confronter à la modernité — une modernité parfois hostile, froide, fragmentée.

Le titre est révélateur : la « belle-mère ville » n’est pas une matrice protectrice mais un environnement ambigu, étranger, parfois oppressant. Musicalement, cela se traduit par une présence plus marquée de textures électroniques, de pulsations discrètes mais insistantes, et d’ambiances sombres. L’album conserve bien sûr la signature vocale unique de Sainkho — chant diphonique touvain, cris étouffés, murmures incantatoires — mais le cadre sonore change radicalement. Ici, la voix ne flotte plus dans un espace méditatif : elle lutte, elle interagit avec des nappes synthétiques, des rythmes minimalistes, des atmosphères industrielles légères. Certaines pièces donnent l’impression d’un dialogue entre tradition et urbanité, entre souffle ancestral et architecture moderne. Cette tension constitue le cœur esthétique de l’album. Ce qui frappe particulièrement, c’est la manière dont Sainkho utilise le silence et la respiration. Dans plusieurs morceaux, le vide sonore est presque aussi important que la matière musicale. Les sons apparaissent comme des éclats dans un espace nocturne. On n’est pas dans la world music décorative ; on est dans une démarche expérimentale assumée, proche par moments de l’ambient sombre ou du free vocal européen des années 90.

L’album est moins immédiatement « mystique » que Naked Spirit. Il est plus conceptuel, plus introspectif, parfois même dérangeant. L’auditeur n’est pas guidé vers la transe mais vers une forme d’errance urbaine. Cette dimension le rend peut-être moins accessible, mais aussi plus audacieux. Dans la trajectoire artistique de Sainkho, Stepmother City marque une étape importante : l’affirmation qu’elle n’est pas seulement une héritière de la tradition touva, mais une artiste contemporaine capable d’intégrer l’électronique, l’abstraction et une esthétique quasi cinématographique. On pourrait presque imaginer certaines plages comme bande-son d’un film d’auteur européen, minimaliste et nocturne.

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Order to survive

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