Anthony Hopkins
Anthony Hopkins a commencé le piano vers quatre ans. Enfant au pays de Galles, il est profondément marqué par la musique classique et envisage même sérieusement d’en faire son métier. En 1955, lorsqu’il entre au Royal Welsh College of Music and Drama, son idée initiale est de devenir musicien. C’est finalement le théâtre — à la suite notamment d’une audition d’Othello — qui l’emporte. Mais Hopkins ne cesse jamais de jouer et de composer. Sa première valse date de 1960, lorsqu’il a 22 ans. Certaines œuvres de Life Is a Dream ont donc plus de soixante ans.
C’est un point essentiel pour comprendre le disque Life is a dream : il s’agit davantage d’une autobiographie musicale que d’un “premier album” au sens habituel. Hopkins a continué à écrire parallèlement à son métier d’acteur. Il a même composé pour le cinéma, notamment pour August (1996), qu’il réalisait, puis Slipstream (2007) et Elyse (2020).
L’exemple le plus étonnant est « Bracken Road ». La mélodie remonte à 1963. Hopkins était alors jeune acteur au Liverpool Playhouse. Le matin, avant les répétitions, il improvisait sur un piano droit installé dans les coulisses. Une mélodie est née de ces moments solitaires ; il l’avait d’abord imaginée comme une chanson. Plus de soixante ans plus tard, elle devient le deuxième mouvement de la suite 1947. Ses influences sont d’ailleurs assez révélatrices : Elgar, Vaughan Williams et Delius, mais aussi les orchestrations populaires de Harry James et Jackie Gleason. Cela explique ce mélange très particulier de musique classique tardoromantique, de musique de film et de nostalgie populaire que l’on entend sur l’album.
Hopkins explique lui-même que Life Is a Dream parle essentiellement de son enfance et de sa vie au pays de Galles.
Les titres sont presque des photographies musicales :
« Margam » renvoie au quartier de son enfance, près de Port Talbot.
« My Fatherland » est un hommage au pays de Galles et à son père, boulanger ; Hopkins y utilise des mélodies traditionnelles galloises.
La suite « 1947 » évoque ses souvenirs d’enfant : Circus, Bracken Road, The Plaza — le cirque, une rue, le cinéma.
« Stella Aria » est destinée à son épouse Stella.
« Tara » est dédiée à sa nièce.
« Farewell My Love » porte déjà dans son titre l’idée qui traverse tout le disque : la séparation.
Et c’est probablement là que se trouve la véritable clé de l’album. Hopkins, arrivé à 88 ans, décrit la vie comme une succession d’adieux : quitter l’enfance, l’adolescence, les êtres aimés, les lieux, puis finalement la vie elle-même. Life Is a Dream devient ainsi une sorte de mémoire musicale du temps qui disparaît.
Le passage de ces partitions privées à un véritable disque doit beaucoup à Stella Hopkins, qui encourage son mari à prendre sa musique au sérieux. Et il y a un intermédiaire assez inattendu : Bradley Cooper.Stella Hopkins contacte Gustavo Dudamel par l’intermédiaire de leur ami commun Bradley Cooper. Dudamel profite des vacances de Noël pour examiner les partitions. Il est frappé par ce qu’il considère comme leur sincérité et accepte de défendre le projet. C’est évidemment déterminant : Hopkins ne se contente plus de faire jouer quelques compositions séparément. Ses œuvres vont bénéficier d’un interprète de tout premier plan.
Le projet devient alors Life Is a Dream, 12 pièces couvrant plus de six décennies de composition. Hopkins signe lui-même ses orchestrations. Le disque est enregistré en avril 2026 à l’Alexandra Palace de Londres, avec le Philharmonia Orchestra dirigé par Gustavo Dudamel. Le pianiste Sergio Tiempo et le violoncelliste Gregorio Nieto participent également à l’enregistrement, ainsi que des forces chorales pour certaines pages. Puis Decca Classics signe Hopkins comme compositeur et publie l’album aujourd’hui, 21 août 2026.
Le titre Life is a dream l renvoie explicitement à La vida es sueño — La Vie est un songe — de Pedro Calderón de la Barca, mais Hopkins lui donne une signification très personnelle. À 88 ans, il regarde rétrospectivement son existence comme quelque chose d’à la fois extraordinaire et irréel. Il résume lui-même l’idée par cette formule : « My whole life is a dream. » C’est donc moins « Anthony Hopkins fait un disque classique » que « Anthony Hopkins ouvre, à 88 ans, le journal musical secret qu’il tient depuis sa jeunesse ». Et je pense que c’est sous cet angle qu’il faut écouter Life Is a Dream : pas d’abord pour mesurer Hopkins aux grands compositeurs du XXe siècle, mais comme une autobiographie sans paroles, construite autour du pays de Galles, de son père, de l’enfance, de sa femme et surtout du passage du temps.