Child in My Mind - 03 - Broken Toy
Avec ce troisième épisode, Child in My Mind déplace l’écoute vers un territoire plus intime, plus fragile. Il ne s’agit pas ici de l’enfance comme souvenir stable ou comme refuge, mais de ce qui en subsiste — fragments, gestes répétés, objets sonores chargés d’une mémoire diffuse.
Dès les premières minutes, le mix installe une échelle réduite. L’entrée, marquée par le toy piano, pose immédiatement un cadre ambigu : instrument de jeu, mais déjà déplacé, presque altéré dans son usage. Ce choix structure l’ensemble du parcours. L’enfance n’est pas rejouée, elle est observée à distance, comme à travers un filtre. La sélection s’articule autour d’un axe clair — piano minimal, textures néo-classiques, objets sonores — mais, comme dans les épisodes précédents, l’enjeu principal reste la continuité. Les pièces ne s’enchaînent pas, elles se prolongent les unes dans les autres. Les transitions, souvent imperceptibles, maintiennent une ligne interne, un flux discret mais constant.
Certains points d’ancrage apparaissent néanmoins. Les pièces de Federico Albanese ou Goldmund installent une forme de stabilité apparente, une douceur presque circulaire dans l’écriture. À l’inverse, les interventions de Hauschka introduisent des micro-perturbations, des tensions légères qui viennent fissurer cet équilibre. Plus loin, les compositions de Pascal Comelade et Pascal Ayerbe déplacent l’écoute vers un espace plus mécanique, presque ludique, où les objets sonores prennent le relais du piano. Ce glissement est essentiel : il fait passer le mix d’une évocation sensible à une matérialité plus concrète, presque tactile.
L’apparition de Leadbelly agit comme une rupture discrète mais décisive. La voix, ancrée dans une tradition orale, introduit une autre profondeur temporelle. L’enfance cesse d’être uniquement intérieure : elle s’ouvre à une dimension plus large, plus collective. Cette tension entre intérieur et extérieur, entre mémoire intime et trace partagée, traverse l’ensemble de la sélection.
Le travail sur la répétition joue ici un rôle structurant. De nombreuses pièces reposent sur des motifs simples, rejoués avec de légères variations. Cette logique évoque moins une progression qu’un mouvement circulaire, proche du geste enfantin. Mais cette répétition n’est jamais neutre : elle est traversée par des micro-dérèglements, des décalages qui empêchent toute forme de confort. Le titre Broken Toy prend alors tout son sens. Il ne s’agit pas de l’objet intact, mais de ce qui reste après usage, après altération.
Le rapport au silence est, comme dans les autres épisodes, déterminant. Le mix ménage des zones creuses, des moments de suspension où la matière sonore semble se retirer. Ces espaces ne sont pas vides : ils participent à la construction globale, en laissant apparaître les contours du mix plutôt que de les imposer. Certaines pièces, plus dépouillées, fonctionnent ainsi comme des points d’équilibre, maintenant une tension basse mais constante.
Le piano, sous ses différentes formes, agit comme un fil conducteur. Qu’il soit minimal, préparé ou détourné, il installe une temporalité étirée, presque flottante. Mais il n’est jamais central au sens classique : il circule, disparaît, revient sous d’autres formes. Cette instabilité contribue à la cohérence du mix, en évitant toute fixation.
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1 Margaret Leng Tan — Twining Satie Blues - arr. for toy piano and piano by the composer
2. Michael Hearst — Glass Frog
3. Federico Albanese — Disclosed
4. Zbigniew Preisner — Les marionnettes
5. Deep Sleep Music Delta Binaural 432 Hz — Sleeping Songs
6. Pascal Comelade — Final del districte V
7. Pascal Ayerbe — Tiic Tooc
8. Hauschka — Subconcious
9. Leadbelly — Little Boy, How Old Are You
10. Bror Gunnar Jansson — Gone and Away
11. Goldmund — Door Of Our Home
12. Colleen — Babies
13. Chilly Gonzales — White Keys
14. Chilly Gonzales — Gogol
15. Pascal Comelade — Le Fakir de La Chapelle
16. Pascal Ayerbe — Bottle Battle
17. Hauschka — Ping
18. Goldmund — My Neighborhood