War in My Mind 02 - What Remains
Music in My Mind / On Air
Avec ce deuxième épisode, War in My Mind s’éloigne du fracas pour s’installer dans l’après-coup. Ce n’est pas la guerre en tant qu’événement qui est ici explorée, mais ce qu’elle laisse derrière elle dans les corps, dans les lieux, dans la mémoire.
Dès les premières minutes, le mix impose un tempo intérieur. Rien ne presse. L’entrée est travaillée avec retenue, presque en retrait, comme si le son devait d’abord trouver sa place avant de se déployer. Ce choix est déterminant : il installe une écoute attentive, débarrassée de toute attente spectaculaire. La sélection s’articule autour d’un axe clair — ambient, néoclassique, textures contemporaines — mais ce qui frappe surtout, c’est la manière dont ces matériaux sont liés. Il ne s’agit pas d’enchaîner des morceaux, mais de construire une continuité. Les transitions, souvent étirées, jouent un rôle central : elles ne servent pas seulement à passer d’un point à un autre, mais à maintenir un état.
Certains points d’ancrage émergent néanmoins. La pièce “Holiday Inn (March 21 to 29)” de Civilistjävel! et Mayssa Jallad installe d’emblée une tension sourde, presque documentaire, tandis que “Sarajevo” de Goran Stevanovich agit comme une ligne de mémoire plus directe, chargée d’une histoire implicite. Plus loin, la relecture de Bach par Hildur Guðnadóttir et Víkingur Ólafsson (Minor C Variation) introduit une forme de distance, une retenue presque clinique dans le traitement de l’émotion. Les field recordings, utilisés avec parcimonie, viennent ponctuer cet espace. Ils ne sont jamais illustratifs, ils fonctionnent comme des lignes de fuite. Cette tension entre intérieur et extérieur traverse l’ensemble de la sélection. Un autre élément structurant est le rapport au silence. What Remains n’est pas un mix dense au sens traditionnel. Il ménage des creux, des zones de fragilité, où la matière semble se dissoudre. Ces moments trouvent un écho dans des pièces comme “Before the War” de Paul Chain, où le titre lui-même agit presque comme un point de bascule conceptuel. Le travail sur le piano est particulièrement révélateur. Les interprétations issues du projet Statea de Vanessa Wagner et Murcof (Piano Piece 1952, Gnossienne No. 3) installent une temporalité suspendue, presque hors du flux narratif. Plus tard, “Tristia” (transcription de Liszt) agit comme un noyau émotionnel discret, jamais appuyé, mais profondément structurant.
Ce refus du climax dans What Remainsest maintient une tension diffuse, presque constante. Des pièces comme “Origin of the World” d’Erik Truffaz et Murcof ou encore “War” d’Emily Bishton prolongent cette sensation d’équilibre instable. Dans la continuité de Music in My Mind / On Air, ce deuxième épisode confirme une direction : celle d’un travail de sélection pensé comme une écriture. Le mix n’est pas seulement un assemblage de pièces, mais une forme en soi, avec ses respirations, ses lignes de force, ses zones d’ombre.
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1 The Royal Symphonic Band of the Belgian Guides — Belgian National Anthem
2. Civilistjävel! / Mayssa Jallad — Holiday Inn (March 21 to 29) (Version)
3. Goran Stevanovich — Sarajevo
4. Hildur Guðnadóttir, Vikingur Olafsson — Guðnadóttir:Minor C Variation
5. Paul Chain-The Improvisor — Before the War (Bonus Track)
6. Erik Truffaz & Murcof — Erik Truffaz & Murcof
7. Murcof / Vanessa Wagner — Piano Piece 1952
8. Murcof / Vanessa Wagner — Gnossienne No. 3(Album Version)
9. Emily Bishton — War
10. Sannicandro, Samatanga, Giacometti — Franz Liszt : Tristia for Piano Trio S. 378c (Vallée d'Oberman)
11. Olafur Arnalds & Alice Sara Ott — Réminiscence
12. Olafur Arnalds & Alice Sara Ott— Verses