And the Great Unknown, Pt.2
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Avec And the Great Unknown (Part II), Bror Gunnar Jansson poursuit l’exploration entamée un an plus tôt, mais il en élargit considérablement les horizons. Là où Part I restait encore solidement ancré dans les structures du blues, ce second volet s’autorise davantage de liberté. Plus sombre, plus expérimental et plus contemplatif, il confirme que le musicien suédois s’est définitivement affranchi des frontières stylistiques pour construire un univers qui n’appartient qu’à lui.
L’album donne l’impression d’un voyage intérieur. Les chansons ne s’enchaînent pas comme une succession de titres indépendants, mais comme les étapes d’un même parcours, où les paysages sonores évoluent lentement, presque imperceptiblement. Bror Gunnar Jansson privilégie les climats à l’efficacité immédiate. Il installe les ambiances avec patience, laissant les motifs rythmiques et les textures prendre progressivement possession de l’espace. Le blues est toujours là, mais il agit désormais comme une mémoire plus que comme une structure. Les rythmes répétitifs, les guitares rugueuses et la voix éraillée rappellent constamment cette origine, tandis que l’écriture s’aventure vers le folk psychédélique, le rock expérimental, le gospel ou encore des passages proches du drone. Cette hybridation ne paraît jamais artificielle : chaque influence semble naturellement trouver sa place dans le récit musical.
La production, volontairement sobre, joue un rôle essentiel. Rien n’est démonstratif. Les instruments disposent d’un espace important, les silences deviennent aussi expressifs que les notes, et chaque résonance participe à la tension générale. Cette retenue donne au disque une profondeur remarquable, particulièrement perceptible lors d’une écoute attentive au casque. La voix de Bror Gunnar Jansson demeure le véritable fil conducteur de l’album. Tantôt fragile, tantôt menaçante, elle semble surgir d’un espace intemporel. Elle ne cherche jamais à séduire ; elle raconte, invoque, questionne. Son timbre rugueux, parfois proche du murmure, renforce le caractère presque rituel de nombreuses compositions.
L’un des aspects les plus fascinants de Part II est son rapport au temps. Les morceaux prennent le temps de respirer. Les répétitions, loin d’être monotones, créent un état d’hypnose qui rappelle certaines musiques cérémonielles ou les longues improvisations du rock psychédélique. Cette lente montée en tension donne à l’ensemble une force émotionnelle peu commune. Les textes restent volontairement énigmatiques. Ils évoquent des figures errantes, des paysages désertés, des visions nocturnes ou des récits fragmentaires qui oscillent entre réalisme et hallucination. Comme dans les meilleurs romans gothiques, une menace diffuse semble constamment planer sans jamais se révéler complètement. L’auditeur est invité à combler lui-même les zones d’ombre.
Comparé à Part I, ce second volume paraît moins immédiatement accessible, mais aussi plus riche. Il demande davantage de disponibilité et de patience. En retour, il offre une expérience d’écoute plus immersive, où chaque nouvelle audition révèle des détails jusque-là passés inaperçus : une percussion discrète, une harmonique de guitare, une respiration ou une nuance dans l’interprétation vocale. On comprend alors que And the Great Unknown ne constitue pas une simple série d’albums, mais un véritable diptyque. Les deux volets se répondent sans se répéter. Le premier expose les fondations ; le second approfondit l’exploration et pousse plus loin encore la déconstruction du langage blues. Ensemble, ils marquent le moment où Bror Gunnar Jansson affirme pleinement sa singularité artistique.
And the Great Unknown (Part II) est un disque qui refuse les catégories. Ni véritable album de blues, ni simple œuvre de rock alternatif, il appartient à ce petit nombre d’enregistrements qui créent leur propre territoire sonore. Son pouvoir réside moins dans la virtuosité que dans sa capacité à installer une atmosphère durable, presque physique, où chaque chanson semble habitée par quelque chose de plus ancien qu’elle-même. Pour qui accepte de s’y abandonner, cet album offre une expérience rare : celle d’une musique profondément enracinée dans la tradition, mais tournée vers l’inconnu. Une œuvre dense, mystérieuse et intensément vivante, qui confirme Bror Gunnar Jansson comme l’un des créateurs les plus singuliers de la scène européenne contemporaine.
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