String Quartets & Quintet

Avec String Quartets and Quintet, Jean-Paul Dessy semble revenir à l’une des formes les plus dépouillées de la musique occidentale : quelques instruments à cordes, aucun décor, presque rien derrière lequel se cacher. Pourtant, ce disque n’a rien d’un exercice académique autour du quatuor. Chez Dessy, les cordes deviennent moins des instruments que des surfaces de vibration, des lieux où peuvent apparaître le silence, la tension, la respiration et, parfois, quelque chose qui ressemble au sacré.

Le programme réunit trois œuvres composées à des périodes très différentes. Orée Oraison Hors-Raison date de 2000, Tuor Qua Tuor de 2008 et A Quarter Quartet de 2024. Plus de vingt années séparent donc les extrémités de ce parcours, mais l’album possède une remarquable unité. Celle-ci tient notamment au Quatuor Tana, compagnon de longue date de Dessy, qui joue cette musique avec une précision impressionnante sans jamais lui retirer son caractère organique.

Tuor Qua Tuor ouvre le disque dans un climat immédiatement étrange. Les lignes ne cherchent pas véritablement la mélodie au sens traditionnel ; elles se frôlent, s’étirent, se contractent. Harmoniques, frottements, tensions et surgissements constituent progressivement un espace sonore qui semble respirer. Dessy travaille ici moins avec une progression narrative qu’avec des états de matière. La musique peut devenir presque immobile avant qu’un geste ne vienne brusquement modifier notre perception de l’espace. Avec A Quarter Quartet, composé seize ans plus tard, le langage paraît davantage ouvert. Le violoncelle y joue un rôle structurant et certains motifs répétés donnent à l’œuvre des points d’ancrage plus immédiatement perceptibles. Dans Consolatum, notamment, une ligne descendante du violoncelle soutient progressivement des harmonies étonnamment chaleureuses. Après les tensions et les suspensions précédentes, cette apparition d’une forme de consolation possède une véritable puissance émotionnelle. Mais c’est peut-être Orée Oraison Hors-Raison qui révèle le mieux l’univers de Dessy. Le compositeur rejoint ici le Quatuor Tana pour former un quintette à deux violoncelles. L’ajout de cette seconde voix grave transforme profondément l’espace : la musique acquiert du poids, une profondeur presque tellurique, tandis que les harmoniques des violons semblent au contraire l’ouvrir vers le haut. Certains sons paraissent parfois provenir d’un monde animal ou naturel plutôt que d’instruments à cordes. On retrouve alors, curieusement, quelque chose qui annonce l’univers de Voices of the Animals : cette frontière volontairement incertaine entre le son musical et le son du vivant.

Il faut cependant accepter d’entrer dans le temps particulier de Jean-Paul Dessy. Cette musique ne cherche ni l’effet spectaculaire ni la séduction immédiate. Elle réclame une écoute attentive, idéalement sans distraction. Le silence n’y constitue jamais un vide : il fait partie de la composition. Une note tenue, une vibration presque imperceptible ou un intervalle laissé en suspens peuvent devenir aussi importants qu’un développement mélodique. C’est probablement là que String Quartets and Quintet trouve sa singularité. Dessy appartient pleinement à la musique contemporaine, mais son écriture semble moins préoccupée par l’expérimentation pour elle-même que par ce que le son peut provoquer intérieurement. La modernité du langage cohabite avec quelque chose de beaucoup plus ancien : l’idée de la musique comme rituel, contemplation et expérience du temps. Avec seulement quarante-deux minutes, le disque est relativement court. Il laisse pourtant une impression étonnamment vaste. À mesure que les dernières harmoniques de Orée Oraison Hors-Raison disparaissent, on comprend que Dessy ne cherche peut-être pas tant à remplir le silence qu’à nous apprendre à l’entendre.

Favorites

Tuor Qua Tuor: I. Mysterium-Destinatum

Tuor Qua Tuor: II. Sursum

Paulatim

Gradatum

Consolatum


Playlists

Neo Classic

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 Persian Sketches for Piano