Beth Hart - Olympia 2020
Dates : 29 février 2020 : concert solo (sans musiciens), 1er mars 2020 : concert avec musiciens
Lieu : L’Olympia Bruno Coquatrix, 28 Boulevard des Capucines, Paris 9ᵉ arrondissement
Enregistrement : Le concert du 1er mars a été filmé et diffusé par ARTE Concert.
Public : Selon Music Waves, les deux soirées étaient complètes (sold-out).
Olympia 2020 : deux soirs
Lorsque Beth Hart foule la scène de l’Olympia à Paris, à la fin de février 2020, le public s’apprête à vivre deux soirées qui resteront dans les mémoires. La chanteuse californienne, connue pour sa voix brute et émotionnelle, choisit de proposer deux visages complémentaires de son univers : une soirée en solo le 29 février, et une soirée avec son groupe le 1er mars. Deux concerts radicalement différents dans la forme, mais unis par une même intensité, une même sincérité.
Une soirée intimiste
Le 29 février, l’Olympia s’offre dans sa version la plus intime. Beth Hart, seule au piano ou à la guitare, se livre à un public déjà conquis. Le silence respectueux qui enveloppe la salle au début de « Without Words in the Way » témoigne de l’attention portée à chaque inflexion de sa voix. Elle enchaîne des titres majeurs comme « Bang Bang Boom Boom » ou « War in My Mind », mais aussi des reprises choisies avec soin : un « Chocolate Jesus » de Tom Waits empreint d’humour et de noirceur, ou encore « Picture in a Frame », plus fragile, presque murmuré. Ce format dépouillé met en avant ce qui fait la singularité de Beth Hart : une capacité à transformer ses blessures en chansons universelles. Dans « Sister Dear » ou « Mama This One’s for You », elle touche à la confidence pure, rappelant que son œuvre est intimement liée à son histoire personnelle, faite de luttes contre ses démons, mais aussi de résilience. L’Olympia devient alors un écrin, une chambre close où l’on assiste moins à un concert qu’à une confession chantée.
La soirée électrique
Le lendemain, changement de décor. Le 1er mars, Beth Hart revient accompagnée de ses musiciens, et l’Olympia se transforme en chaudron incandescent. L’énergie explose dès « Tell Her You Belong to Me », suivi d’un « Sugar Shack » endiablé. La section rythmique propulse la musique vers des sommets de groove, tandis que la voix de Hart, tour à tour rauque et déchirante, domine la scène. La setlist, plus variée et plus nerveuse, alterne entre blues-rock électrique (« Fire on the Floor »), ballades vibrantes (« Without Words in the Way ») et reprises magistrales. Le « I’ll Take Care of You » de Bobby Bland est interprété avec une intensité telle qu’il arrache des ovations spontanées. Et lorsque, en rappel, elle offre un « I’d Rather Go Blind » d’Etta James, l’émotion atteint son paroxysme : chaque note semble arracher un fragment de son âme.
Ce qui relie ces deux soirées, malgré leurs différences de ton, c’est la relation que Beth Hart entretient avec son public. L’Olympia, affichant complet, vibre au diapason de ses émotions. Le 29, l’écoute est religieuse, presque méditative. Le 1er, la foule se lève, acclame, bat des mains, transformant la salle en club de blues géant. Dans les deux cas, la sincérité de Hart crée une communion rare : on ne se contente pas d’écouter, on vit avec elle chaque chanson comme une histoire partagée. Ces concerts, captés pour la chaîne Arte (notamment le show du 1er mars), témoignent de la dualité de Beth Hart : l’artiste fragile, prête à tout dire dans le dépouillement, et la performeuse incandescente, capable de soulever une salle entière avec une simple montée vocale. C’est dans cette tension que réside sa force.